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Cri
d'alarme à l'école Victor-Doré pour
handicapés
La
clientèle et les besoins augmentent mais les budgets
stagnent
Le Devoir, jeudi 8 mai 2003, page A 1
Des parents d'enfants lourdement handicapés
sonnent l'alarme: à l'école primaire Victor-Doré, que leurs
petits fréquentent, les ressources ne gonflent pas au même rythme
que les inscriptions, ce qui affecte les services de base offerts aux élèves.
Dans un «cri de désespoir», certains parents du conseil d'établissement
de l'école montréalaise Victor-Doré, qui accueille 182 élèves
handicapés, interpellent la nouvelle équipe libérale dans
le but d'accroître les ressources pour leurs enfants, qui côtoient à l'école
non seulement des enseignants mais des ergothérapeutes, des infirmières,
des physiothérapeutes, des orthophonistes et des préposés
aux bénéficiaires.
Les enfants, qui ont besoin de soutien pour les activités de la vie quotidienne
comme manger, s'habiller et aller à la toilette, n'ont pas toujours accès à ces
services au moment où ils en ont besoin. Des parents ont ainsi rapporté que
leur enfant, pourtant propre à la maison, devait porter la couche à l'école
parce qu'on ne pouvait pas le mener au cabinet au moment critique.
«Nous nous devons aujourd'hui de mettre en évidence un problème
qui prend de l'ampleur depuis plusieurs années : le manque criant
de ressources en réadaptation à l'école Victor-Doré», écrit
François Gagnon, président du conseil d'établissement de
l'école, aux ministres de la Santé, Philippe Couillard, et de l'Éducation,
Pierre Reid, dans une lettre tout juste expédiée.
Les parents ont préparé une petite liste de statistiques éloquentes
pour appuyer leurs dires : de 130 élèves en 1989, l'école
est passée à 182 à l'heure actuelle. Si, en 1989, la moitié des élèves
avait besoin d'aide pour s'alimenter, ce sont désormais 96 % des
enfants qui requièrent ce soutien. La quasi-totalité (96 %)
a besoin d'aide pour s'habiller et 30 % d'entre eux sont incontinents tandis
que la majorité a besoin de quelqu'un pour les soins d'hygiène. «Et
tout cela sans que les budgets ne suivent», écrit M. Gagnon. «La
moindre petite activité de la vie quotidienne doit être soutenue
par un spécialiste», explique ce parent, interrogé hier.
Les parents soutiennent que le manque de ressources affaiblit les services de
réadaptation auxquels leurs enfants ont droit. Gaëlle Trébaol,
vice-présidente du conseil d'établissement, constate ainsi que
son enfant de 12 ans, atteint de paralysie cérébrale et d'une surdité sévère,
n'a plus droit -- «s'il est chanceux» -- qu'à une seule visite
de l'orthophoniste par mois. «Il est devenu un cas léger tant les
autres ont besoin de plus que lui, et ses services en souffrent !»,
déplore-t-elle. L'école Victor-Doré fait partie du regroupement
des écoles spéciales de la Commission scolaire de Montréal
(CSDM) et offre des services scolaires en association avec le Centre de réadaptation
Marie-Enfant de l'hôpital Sainte-Justine, qui fournit une contrepartie
médicale, essentielle pour ces enfants lourdement handicapés. Le
financement de l'école est donc assuré à la fois par le
ministère de l'Éducation et celui de la Santé et des Services
sociaux.
«Le problème de Victor-Doré, c'est qu'ils n'ont pas assez
de bras !», explique Mme Trébaol, qui affirme que plusieurs
enfants sont en fauteuil roulant, doivent être gavés et font usage
d'un tableau de communication.
Le commissaire Benoît Bessette, président de la commission permanente
du budget de la CSDM, est très conscient du problème particulier
que pose Victor-Doré. «C'est une situation extrêmement préoccupante
et prioritaire», explique M. Bessette, qui affirme que des «démarches
administratives» ont été entreprises auprès du MEQ
pour que l'enveloppe de cette école augmente de 200 000 $ par
année, un montant que l'on souhaite récurrent afin d'embaucher
techniciens et préposés.
À la CSDM, on croit que cet alourdissement de la clientèle de Victor-Doré s'explique
par deux facteurs : «Depuis un certain temps, on scolarise de plus
en plus les enfants lourdement handicapés, qu'on gardait à l'hôpital
autrefois, explique M. Bessette. Parallèlement à ça, les
cas les plus légers sont de plus en plus intégrés dans les
classes régulières.»
Mme Trébaol croit que la lourdeur de la clientèle s'explique aussi
par une augmentation nette, au cours des dix dernières années,
du nombre de bébés prématurés sauvés par les
progrès de la science mais lourdement handicapés. L'enfant de Mme
Trébaol est né à 25 semaines de grossesse et conserve des
séquelles importantes de cette naissance prématurée.
«Un enfant sur deux à Victor-Doré est un prématuré»,
relate Mme Trébaol, qui, au fil du temps, est devenue extrêmement
impliquée dans ce domaine. «Les unités néonatales
réaniment de plus en plus les enfants très prématurés,
avec les séquelles que l'on connaît. L'école Victor-Doré en
est la preuve.»
À la Régie régionale de la santé et des services
sociaux de Montréal-Centre, qui a été saisie de demandes
de la part des parents, on répondait hier que la situation de cette école
est actuellement évaluée dans le cadre des consultations entourant
le Plan montréalais d'amélioration de la santé et du bien-être
2003-06. L'absence de «développements budgétaires» pour
l'année en cours ont obligé la Régie à refuser des
demandes de financement additionnels.
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